Le petit caillou sur le chemin


Le petit caillou sur le chemin


conte pour petits et grands enfants





Il était une fois une superbe montagne qui se dressait de toute sa hauteur, dominant les paysages alentours. La montagne était aussi vieille que les débuts de la terre. Elle résistait aux tempêtes et aux orages. Elle donnait refuge et nourriture à bien des créatures.

Mais la montagne changeait chaque jour. Le vent venait caresser ses flancs, la pluie y creusait de fins sillons. Au flanc de la montagne, un petit caillou commença à se détacher. Un coup de vent finit par le séparer d’elle.

Le petit caillou se retrouva seul. Il prit conscience qu’il était lui-même et non plus une partie de la si grande montagne.


Le vent le poussait, la pluie le faisait glisser. La peur le gagna. Il se mit à rouler jusqu’à dévaler les dernières pentes de la montagne. Et là, il tomba dans une rivière.

Les eaux vives se mirent à l’entourer et à l’entraîner avec elles. Le petit caillou fut surpris de découvrir la fraîcheur de l’eau et la force de son courant. La rivière mena le petit caillou bien loin de chez lui. Enfin le courant se fit plus calme et le petit caillou s’arrêta sur le sable d’une plage étroite.

Un enfant venu pêcher vit le petit caillou. Il se pencha pour le ramasser et il admira sa forme et ses couleurs. Réjoui, il emporta le fruit de sa pêche et prit le chemin du retour en lançant et rattrapant le caillou d’une main. Le petit caillou se sentit tout léger de voler dans les airs. Quelle incroyable expérience ! Mais soudain l’enfant manqua son geste et le petit caillou tomba à terre. L’enfant le regarda et s’en alla le laissant là où il était.


Le petit caillou se trouvait au milieu d’un chemin. Le voyage et le jeu s’étaient arrêtés. Il n’avait aucun moyen de bouger encore. Il ressentit de la tristesse. Puis il sentit autour de lui la vie qui continuait.

Le soleil réchauffait son corps de pierre, une légère brise le caressait, des bruits l’intriguaient. Ce devait être un mulot en train de se faufiler dans les herbes. Et là, une abeille bourdonnant autour d’une fleur ou bien plus loin, la marche régulière d’une troupe de fourmis affairées.


Le petit caillou ressentit en lui la présence de la montagne ; même séparé d’elle, il y puisait sa richesse profonde. Il avait appris la nature de l’eau au sein de la rivière, la nature de l’air en sautant dans les mains du garçon. Il se nourrissait de tout ce que son immobilité lui permettait d’observer et de percevoir.

Il comprit qu’il serait celui qui est là et qui veille, celui qui ressent le monde dans toute sa richesse. Il n’avait pas besoin d’être autre chose qu’un petit caillou sur le chemin.


Myriam Bendhif-Syllas, Les Contes de la Source.

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